Ce vaccin à ARNm personnalisé contre le cancer pourrait changer la donne
Un vaccin expérimental à ARNm a passé avec succès des essais cliniques de phase 3, la dernière étape nécessaire avant l’approbation de l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA).

Merck et Moderna ont annoncé que leur vaccin anticancéreux à ARNm empêchait la récidive et la propagation de mélanomes lors d’essais cliniques de phase avancée. Le vaccin a été conçu de sorte à cibler les cellules cancéreuses de chaque patient de manière personnalisée.
Merck et Moderna ont annoncé que leur vaccin anticancéreux à ARNm empêchait la récidive et la propagation de mélanomes lors d’essais cliniques de phase avancée. Le vaccin a été conçu de sorte à cibler les cellules cancéreuses de chaque patient de manière personnalisée.
Les laboratoires pharmaceutiques Merck et Moderna ont annoncé cette semaine qu’un vaccin anticancéreux à ARNm expérimental était parvenu à empêcher la récidive et la propagation d’un mélanome, la forme la plus meurtrière de cancer de la peau, dans le cadre d’un grand essai clinique.
Selon les deux entreprises, le médicament avait rempli l’objectif principal de son essai clinique de phase 3, la dernière étape nécessaire avant de pouvoir requérir l’approbation de l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA). C’est la première fois qu’un vaccin à ARNm contre le cancer atteint ce stade de développement.
L’essai a porté sur plus de mille patients atteints de mélanomes à qui on avait retiré leurs tumeurs mais qui présentaient des risques de récidive. Il a notamment consisté à comparer un mélange d’intismeran, un vaccin personnalisé contre le cancer, et de Keytruda, un anticorps monoclonal couramment utilisé pour prévenir le retour du mélanome, à l’administration de Keytruda seul.
« Les patients se sentaient patraques pendant quelques jours et loupaient un jour ou deux de travail, mais rien qui ne mette leur vie en danger », précise Janice Mehnert, oncologue, chercheuse au Centre Perlmutter d’oncologie de l’Université de New York (NYU) et principale chercheuse de l’étude.
Selon Catherine Wu, médecin et chercheuse à l’Institut d’oncologie Dana-Farber de l’Université Harvard, dont l’équipe fut la première à démontrer la faisabilité des vaccins à ARNm en 2017, cette étude prouve que cette méthode, que les scientifiques mettent au point depuis près d’une décennie, présente effectivement des bénéfices pour les patients. Catherine Wu ajoute qu’il y a « de fortes chances » que ce type de vaccins fonctionne sur d’autres types de cancers également.
« Si cela fonctionne bel et bien sur d’autres cancers – et on est déjà en train de les tester sur les cancers de la vessie et du poumon –, cela pourrait véritablement changer la donne », ajoute Janice Mehnert.
UN TRAITEMENT CONTRE LE CANCER SUR MESURE
Les traitements anticancéreux traditionnels ont été, jusqu’ici, des traitements généralistes, identiques pour tous. Mais ces vaccins à ARNm contre le cancer, également appelés thérapies néo-antigéniques, ciblent les cellules cancéreuses d’un patient donné.
« Ce n’est pas comme fabriquer un arsenal composé d’un seul type de vaccin que vous donnez à un grand nombre de patients, explique Catherine Wu. On crée en réalité des vaccins sur mesure pour chaque individu. »
Les chercheurs commencent par prélever un échantillon de tumeur cancéreuse, soit par biopsie, soit en retirant le cancer entièrement, en séquençant son ADN et en le comparant à l’ADN des tissus sains issus de la même personne. En faisant cela, les chercheurs peuvent identifier les mutations responsables du cancer. Des algorithmes d’apprentissage automatique les aident ensuite à prédire quels néo-antigènes, des molécules produites par la mutation, sont les principaux responsables de l’apparition de la tumeur.
Ensuite, les chercheurs doivent trouver un moyen d’indiquer au système immunitaire où trouver ces néo-antigènes. De même que chaque cancer, le type HLA de chaque personne est unique, c’est-à-dire les antigènes leucocytes humains, des marqueurs protéiques présents à la surface de presque toutes les cellules de l’organisme. Ce sont ces protéines qui renseignent le système immunitaire sur les cellules qu’il doit éliminer.
Armés de ces informations, les chercheurs sont en mesure de concevoir un vaccin personnalisé. Ils créent une molécule d’ARNm, un type d’ARN qui porte des instructions génétiques, et y encodent des consignes qui disent au système immunitaire comment attaquer une tumeur donnée. La molécule est enveloppée dans une nanoparticule lipidique et injectée, comme un vaccin contre la grippe.
« L’objectif est de fournir un plan au système immunitaire, comme une feuille de route indiquant ce qu’il faut rechercher et comment s’en débarrasser », explique Janice Mehnert.
UN AVENIR « EXTRAORDINAIREMENT PROMETTEUR »
Les chercheurs devraient présenter prochainement leurs données, mais les résultats sont probablement similaires à l’essai de phase 2 publié au mois de juin qui démontrait que le vaccin diminuait le risque de récidive ou de décès de 49 %. Selon Janice Mehnert, les seules différences de taille sont que l’essai de phase 3 portait sur bien plus de participants et ne se concentrait pas sur des patients ayant un stade avancé.
Les essais de phase 3 sont utiles pour établir de nouvelles normes de soin, car la taille de la cohorte permet aux chercheurs de comparer les résultats obtenus chez différents groupes de patients. Selon Janice Mehnert, la prochaine étape est l’évaluation des données par la FDA. Si celle-ci estime qu’elles sont probantes et qu’il vaut la peine de les exploiter, alors l’équipe pourra commencer à développer le traitement pour une utilisation dans le monde entier. « Nous sommes tout à fait préparés à faire cela », ajoute-t-elle.
Selon Nina Bhardwaj, directrice de l’immunothérapie à la Faculté de médecine Icahn de l’hôpital Mount Sinaï de New York, qui est derrière une grande partie des recherches fondamentales ayant conduit à la mise au point de ce nouveau vaccin, ce traitement pourrait être « révolutionnaire » pour les patients qui se sont vu retirer leur tumeur mais qui présentent des risques de récidive. « Je pense que l’avenir est extraordinairement prometteur. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
