Le crâne presque parfait d'un ancien superprédateur découvert en Égypte

Le fossile étonnamment bien conservé offre un aperçu de la vie d'une nouvelle espèce de hyaenodontes, des prédateurs féroces qui ont vu le jour peu après la disparition des dinosaures.

De Riley Black
Publication 26 févr. 2025, 16:18 CET
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Espèce de la famille des Hyaenodonta, représentée par Heinrich Harder dans l'ouvrage Tiere der Urwelt (Animaux du monde préhistorique) de Wilhelm Bolsche. Un nouveau fossile appartenant à ce prédateur disparu donne aux scientifiques des indices sur son mode de vie et ses techniques de chasse.

PHOTOGRAPHIE DE Florilegius, Alamy Stock Photo

Il y a des millions d’années, bien avant l’arrivée des loups et des grands félins, de grands Hyaenodonta parcouraient les paysages préhistoriques de notre planète.

Malgré leur nom, ces animaux ne ressemblaient aucunement aux hyènes. Ils constituaient en réalité un groupe ancien de carnivores à quatre pattes qui s’étendaient de l’Europe à l’Afrique, l’Asie, et même l’Amérique du Nord, il y a entre 56 et environ 5 millions d’années.

Si la plupart de ces mammifères étaient assez petits, d’une taille comparable à celle d’un chien moyen, certaines espèces pouvaient peser plus de 1 300 kg et étaient encore plus imposantes que des ours polaires. Les grands Hyaenodonta, ou hyaenodontes, étaient des superprédateurs, à une époque où les ancêtres des chiens et des chats étaient encore de petites créatures.

La découverte récente d’un crâne fossilisé dans de la roche vieille de 30 millions d’années, dans l’oasis du Fayoum, en Égypte, offre désormais aux paléontologues un meilleur aperçu de ce superprédateur préhistorique, en plus de représenter un tout nouveau genre de Hyaenodonta.

« Il était à l’envers. Un de mes collègues a remarqué que de grandes dents sortaient du sol », se souvient Shorouq Al-Ashqar, paléontologue à l’Université de Mansoura et autrice principale de l’étude.

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Gauche: Supérieur:

Face dorsale (supérieure) du crâne du paratype (MUVP 634) de Bastetodon syrtos.

Droite: Fond:

Face ventrale (inférieure) du crâne du paratype (MUVP 634) de Bastetodon syrtos.

Photographies de Al-Ashqar et al., 2025
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Vue latérale gauche du fossile de Bastetodon syrtos. D'après la forme du crâne et des dents, les scientifiques pensent que cette espèce était dotée d'une morsure puissante.

PHOTOGRAPHIE DE Al-Ashqar et al., 2025

Alors qu’ils retiraient la roche accrochée au fossile, les paléontologues étaient fous de joie. En effet, en plus d’être complet, avec des dents en bon état, le crâne avait également été conservé en trois dimensions, plutôt que d’être aplati comme une crêpe. « Trouver un crâne complet en trois dimensions constitue un véritable rêve pour des paléontologues », confie Al-Ashqar.

Le crâne s’est avéré appartenir à un genre de Hyaenodonta inconnu jusqu’alors, qu’Al-Ashqar et ses collègues ont décidé de baptiser Bastetodon syrtos, qui signifie « dents comme la déesse à tête de chat », en référence à l’ancienne divinité égyptienne Bastet et aux dents tranchantes de la créature, qui ne sont pas sans rappeler celles des félins. Les paléontologues ont publié leur description du carnivore dans le Journal of Vertebrate Paleontology.

 

UNE PUISSANTE MÂCHOIRE

Des fossiles similaires à celui Bastetodon avaient déjà été découverts en Afrique et avaient été classés par les précédentes générations de paléontologues dans le genre Pterodon, un autre hyaenodonte originaire d’Europe. Le nouvel article montre cependant que le fossile mis au jour dans le Fayoum appartient à une toute nouvelle espèce.

« Ils montrent bien que Bastetodon est un nouveau genre distinct », commente Lars Werdelin, paléontologue au Musée suédois d’histoire naturelle, qui n’a pas participé à la nouvelle étude.

Selon les estimations d’Al-Ashqar et de ses collègues, Bastetodon syrtos pesait environ 27 kg de son vivant. S’il n’était pas l’un des plus grands individus du groupe Hyaenodonta, il n’était pas non plus le plus petit. Selon Werdelin, sa masse corporelle aurait été comparable à celle d’une hyène rayée ou d’une petite léoparde

En outre, les dents du mammifère témoignent de sa capacité à trancher, voire à « cisailler » la chair.

Les crânes fossiles sont souvent dépourvus de dents, mais celui de Bastetodon, quant à lui, conserve une rangée supérieure complète jusqu’à la canine. Cette disposition indique que l’animal possédait moins de dents que certains autres hyaenodontes, puisqu’il lui manquait une prémolaire et une molaire que l’on trouvait chez d’autres espèces. Cette caractéristique confère à Bastetodon un museau relativement court, large et plus proche de celui d’un chat, mieux adapté à des morsures puissantes.

D’après ce que les paléontologues ont pu observer sur les dents, Bastetodon utilisait la puissance de ses morsures pour s’attaquer aux muscles, aux viscères et à d’autres parties relativement molles des carcasses, plutôt qu’à des parties plus dures comme les os. La forme et la disposition des dents montrent qu’elles étaient adaptées à une morsure de cisaillement, mieux à même de couper la chair.

Les os de la joue du mammifère sont robustes et laissent un espace entre la boîte crânienne et la joue. De son vivant, de puissants muscles chargés de fermer la mâchoire comblaient ces trous. Parfait exemple de convergence évolutive, les hyaenodontes comme Bastetodon ont développé des dents jugales capables de cisailler, dont le fonctionnement était similaire à celui des dents jugales que les chiens et les chats utilisent aujourd’hui pour couper et croquer.

Selon Al-Ashqar et ses collègues, Bastetodon était par ailleurs un hypercarnivore : un mammifère carnivore se nourrissant presque exclusivement de muscles, de viscères et de parties plus molles des carcasses, plutôt que de mâcher ou d’ouvrir des os.

 

COMMENT EXPLIQUER SA DISPARITION ?

À l’époque où Bastetodon syrtos arpentait les paysages de l’Égypte préhistorique, la région était encore une forêt tropicale humide, explique Al-Ashqar. Cet habitat abritait les premiers singes comme Aegyptopithecus, d’anciennes espèces d’hippopotames et les premiers éléphants. Le plus probable est que Bastetodon chassait certaines des plus petites créatures et se nourrissait des carcasses des plus grandes.

Ses techniques de chasse exactes demeurent cependant un mystère.

« Nous n’avons pas suffisamment de crânes et de squelettes associés pour en être sûrs », explique Werdelin. En d’autres termes, sans corps correspondant aux crânes fossiles, il est difficile de savoir si Bastetodon et les autres hyaenodontes poursuivaient leurs repas comme les loups, chassaient à l’affût comme les chats, ou utilisaient une méthode totalement différente.

La raison de la disparition des hyaenodontes, elle aussi, reste inconnue des paléontologues.

Les premiers hyaenodontes ont évolué il y a plus de 56 millions d’années, époque à laquelle la Terre se remettait encore de l’extinction massive à l’origine de la disparition des dinosaures, et des forêts chaudes et humides recouvraient la planète. Les hyaenodontes comptaient parmi les prédateurs les plus répandus, les plus prolifiques, et parfois les plus imposants de leur époque. Leur anatomie était unique, mais ils remplissaient des rôles écologiques semblables à ceux que rempliraient plus tard les chats, les chiens, les hyènes et les ours.

Il est possible que l’évolution de ces carnivores plus familiers ait entraîné le déclin des hyaenodontes.

Quand Bastetodon rôdait dans les forêts de l’Égypte préhistorique, les lignées de carnivores qui comprennent les chats et les hyènes dans un groupe, et les chiens, les ours et les pinnipèdes dans l’autre, s’étaient déjà séparées. Il y a 30 millions d’années, les premiers canidés et félins commençaient à se diversifier et à se répandre dans de nouveaux environnements, s’attaquant à de petites proies tandis que les hyaenodontes se concentraient sur des animaux plus imposants.

Les paléontologues ont longtemps pensé que l’apparition des chats, des chiens, des hyènes et des espèces apparentées avait supplanté les hyaenodontes, mais aucune preuve solide ne permet d’étayer cette hypothèse.

Les chercheurs ont récemment commencé à se demander si d’autres pressions, telles que le refroidissement de la planète et l’expansion des prairies là où poussaient autrefois les forêts, n’auraient pas rendu les hyaenodontes plus vulnérables à l’extinction, et si les carnivores que nous connaissons aujourd’hui n’auraient pas tout simplement repris le flambeau par la suite.

Quoi qu’il en soit, si Bastetodon et les espèces de sa famille constituaient sans nul doute des prédateurs puissants et redoutables, la raison de leur disparition totale de notre planète reste un mystère.

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    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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