L’hiver, la pollution intérieure est plus importante. Voici comment minimiser les risques

Particules fines, métaux lourds et molécules toxiques pourraient rôder chez vous cet hiver. Un coupable potentiel ? Votre humidificateur.

De Meryl Davids Landau
Publication 26 févr. 2025, 15:23 CET
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L’hiver, la pollution de l’air est une préoccupation à l’intérieur autant qu’à l’extérieur. Poêles, cheminées et humidificateurs à ultrasons produisent des polluants potentiellement nocifs pour la santé lorsqu’on les inhale.

PHOTOGRAPHIE DE Don Huan Karlo, Alamy Stock Photo

Nous sommes une majorité à associer la pollution de l’air à l’extérieur ; gaz d’échappement des voitures et des bus en ville, rejets industriels ou encore feux de forêt viennent à l’esprit. Souvent, nous n’avons pas conscience que l’air intérieur de notre habitation peut être encore plus contaminé, en particulier l’hiver. Étant donné que nous passons 70 % de notre temps environ chez nous, et davantage si l’on fait partie des 35 % de travailleurs en télétravail partiel ou total, ces toxines peuvent avoir un effet démesuré sur notre santé.

Les polluants extérieurs sont encadrés par de nombreuses réglementations, mais en ce qui concerne la pollution intérieure, la législation est encore balbutiante. Pourtant, l’exposition à des toxines fréquemment rencontrées en intérieur l’hiver peuvent provoquer une myriade de problèmes de santé : maladies respiratoires et cardiovasculaires, inflammations chroniques et cancer notamment. Selon Nicholas Nassikas, pneumologue et spécialiste en soins intensifs au Centre médical Beth Israel Deaconess, certaines études les associent même à une mortalité prématurée. Il est le co-auteur d’un rapport publié en mars 2024 sur la pollution intérieure pour le compte de l’Association américaine du thorax (ATS) qui s’intéresse aux façons dont cette pollution s’échappe à l’extérieur et y entraîne des problèmes de santé et environnementaux.

Les polluants atmosphériques intérieurs vont des aérosols chimiques et métalliques aux particules fines, qui peuvent s’introduire dans le sang par les poumons. Parmi les sources répandues de pollution intérieure figure bon nombre des choses que nous utilisons pour rendre notre maison plus confortable l’hiver : poêles à bois, cheminée, bougies et cuisson de plats réconfortants.

Si les poêles à gaz et à bois ont pu faire les gros titres en raison de leur contribution à la pollution de l’air intérieur, les humidificateurs à ultrasons sont un coupable moins connu. Ces appareils utilisent des vibrations à haute fréquence pour diffuser de fines gouttelettes fraîches et humidifier les environnements chauffés. Ils libèrent parfois des métaux lourds toxiques qui restent en suspension dans l’air.

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Les humidificateurs à ultrasons peuvent aérosoliser des métaux toxiques qui peuvent entraver la respiration.

PHOTOGRAPHIE DE MICROGEN IMAGES, SCIENCE PHOTO LIBRARY

« L’hiver, quand l’air est sec, l’eau s’évapore rapidement mais les particules qui s’y trouvaient restent, quelles qu’elles soient », explique Andrea Dietrich, ingénieure spécialiste de l’environnement et de l’eau à Virginia Tech, à Blacksburg, qui a étudié la question en profondeur.

 

L’INHALATION DE PARTICLES ÉMISES PAR UN HUMIDIFICATEUR À ULTRASONS PRÉSENTE DE GROS RISQUES

La dangerosité de votre humidificateur à ultrasons dépend d’un certain de nombre de facteurs, notamment de la fréquence à laquelle vous l’utilisez et, surtout, de ce qui se trouve dans l’eau que mettez dans son réservoir. De nombreuses notices d’utilisation préconisent de n’y mettre que l’eau distillée ou obtenue à partir du procédé de l’osmose inverse. Pourtant, près d’un quart des personnes sondées par les chercheurs des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) disent généralement remplir leurs humidificateurs ou autres appareils respiratoires avec de l’eau du robinet.

Les recherches d’Andrea Dietrich ont montré que certaines eaux du robinet peuvent émettre des neurotoxines, notamment de l’arsenic et du plomb, qui restent ensuite en suspension dans l’air. Ces composés chimiques peuvent être ingérés sans risque en raison de leur faible concentration dans l’eau, mais cela peut ne pas être le cas lorsqu’il est question de les inhaler.

« Nous nous sommes intéressés à la quantité à laquelle l’on s’exposerait si l’on buvait l’eau ou si l’on respirait l’air d’un humidificateur huit heures par jour, détaille Andrea Dietrich. L’on en inhale non seulement davantage, mais les risques sont plus importants parce qu’ils sont plus toxiques lorsqu’ils sont inhalés. »

Même des minéraux comme le calcium et le magnésium, qui sont sains lorsqu’on les ingère, peuvent être dangereux s’ils passent par les voies respiratoires. « Les poumons ne sont pas faits pour ces particules, qui peuvent obstruer les voies pulmonaires et entraver la respiration », explique Andrea Dietrich.

La plupart des substances chimiques des humidificateurs restent près de l’appareil, mais certaines voyagent à travers la pièce, près de l’endroit où votre lit pourrait se trouver. Les enfants sont particulièrement sensibles, car ils inhalent plus d’air par kilogramme de poids de corps que les adultes. Dans le cadre de l’une de ses études, Andrea Dietrich a modélisé une exposition fréquente à un humidificateur et découvert que l’utilisation d’un tel appareil dans  une petite pièce où la ventilation est mauvaise pouvait conduire à l’apparition d’un taux dangereux de manganèse dans le cerveau et dans les poumons des enfants.

 

LA COMBUSTION DE BOIS, DE GAZ OU DE BOUGIES FAVORISENT LA POLLUTION DE L’AIR

Les polluants issus de la combustion, qui émanent de l’huile, du kérosène, du gaz, du charbon ou du bois, sont une autre source de taille de toxines intérieures en hiver.

Le monoxyde d’azote et les composés organiques volatiles irritent les yeux, le nez et la gorge et, dans certains cas extrêmes, endommagent le système nerveux central. La combustion produit également des particules fines (ou PM2,5), des particules avec un diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres. Si ces particules arrivent dans le sang ou s’enfoncent dans les profondeurs des poumons, elles peuvent provoquer des maladies respiratoires et cardiaques, ainsi que des complications dues à des virus respiratoires.

La moitié des PM2,5 au sein d’un foyer moyen provient de polluants extérieurs qui se fraient un chemin à l’intérieur, mais l’autre moitié est générée en interne par la combustion.

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    La moitié environ des particules fines polluant l’air intérieur viennent de la combustion. Ici, en 2018, Elzbieta Sadowska regarde son poêle à charbon d’un autre temps dans la chaufferie de sa maison de Cracovie, en Pologne. Le pays a interdit les systèmes de chauffage de ce type en 2019.

    PHOTOGRAPHIE DE Maciek Nabrdalik, VII, Redux

    Les poêles à bois et les cheminées utilisées pour chauffer les maisons figurent parmi les principaux coupables. Les cheminées au propane génèrent également des PM2,5 mais en plus faibles quantités, car davantage de particules brûlent avec le gaz.

    Bien entendu, les émissions de ces appareils s’évacuent vers l’extérieur, mais certaines particules demeurent néanmoins dans la pièce. De plus, dans les maisons anciennes où l’air circule régulièrement à travers des fissures, des joints et autour des fenêtres et des portes, « certaines des particules qui sont évacuées à l’extérieur peuvent revenir à l’intérieur », explique Nicholas Nassikas.

    Même les bougies émettent des polluants dus à la combustion. Une étude réalisée en hiver sur plusieurs dizaines de foyers danois montre que le fait de faire brûler une bougie plusieurs heures par jour était responsable pour près de 60 % de l’exposition aux particules au sein de ces habitations.

     

    LA CUISINE EST UNE SOURCE MAJEURE DE POLLUTION PARTICULAIRE

    Pour la plupart, nous faisons surtout brûler des choses dans la cuisine, et pas uniquement quand nous laissons le pain trop longtemps dans le grille-pain. Tous les types de cuissons impliquent une chaleur qui génère une grande quantité de polluants intérieurs. Les poêles à gaz sont particulièrement problématiques, car ils libèrent du dioxyde d’azote et du formaldéhyde qui affectent les voies respiratoires. Près de 13 % des cas d’asthme infantile aux États-Unis ont été associés à la présence de poêles à gaz ; dans certaines États comme l’Illinois et la Californie, ce taux grimpe à près de 20 %.

    Les poêles électriques ne sont pas non plus exempts de reproches. Si vous sentez une odeur de brûlé lorsque vous en allumez un, « c’est la crasse qui s’est accumulée et qui s’aérosolise lorsqu’on la chauffe à haute température [et qui rejette des particules] », indique Nicholas Nassikas.

    L’autre facteur est ce que vous préparez pour le dîner. Ragoûts, gratins, poulet frit et autres plats riches en graisses peuvent vous réchauffer lors d’une froide soirée d’hiver, mais ils génèrent également de nombreuses PM2,5. Le fait de faire frire des aliments sur la cuisinière est ce qui pollue le plus, mais la cuisson au four comporte des risques également.

    « Si vous faites chauffer des lasagnes, cela génère beaucoup de particules à cause de la température élevée et de l’action de percolation, et celles-ci ne restent pas enfermées dans le four », explique William Nazaroff, expert en génie de l’environnement à l’Université de Berkeley, en Californie.

    D’après une étude publiée dans la revue Building and Environment, toutes les particules atteignent leur pic de concentration peu de temps après la cuisson, mais il est arrivé que l’on en retrouve certaines dans l’air de cuisines et de salons jusqu’à dix heures plus tard.

     

    VENTILEZ ET FILTREZ, MAIS TÂCHEZ AUSSI DE GÉNÉRER MOINS DE POLLUTION

    À l’inverse de la pollution extérieure, qui est plus difficile à contrôler soi-même, l’on peut à tout le moins réduire la quantité à laquelle on s’expose à l’intérieur. Lorsque vous cuisinez, allumez la hotte et placez vos ustensiles de cuissons sur le foyer arrière de la cuisinière, cela permettra au conduit d’aspirer davantage de particules. S’il ne fait pas trop froid dehors, ouvrez une fenêtre à proximité.

    Le fait d’éviter l’eau du robinet (même filtrée) peut réduire le risque que présentent les humidificateurs à ultrasons. Autre option : optez pour un humidificateur thermique à l’ancienne, qui piège les minéraux à l’intérieur de l’appareil. Et quand vous nettoyez un humidificateur, quel qu’en soit le type, n’utilisez jamais de produits chimiques, car ceux-ci laissent des résidus qui augmentent la pollution de l’air ; rincez-le simplement avec de l’eau et laissez sécher à l’air libre.

    Faites en sorte d’entretenir tous les chauffages à bois, cheminées et poêles à gaz conformément aux recommandations du fabricant ainsi que les systèmes de ventilation mécaniques utilisés dans les habitations plus récentes et plus étanches pour renouveler l’air.

    Les purificateurs d’air autonomes peuvent retirer de nombreux polluants. Ils sont le plus efficaces lorsqu’on les place près des principales sources de combustion d’une habitation. D’après l’étude parue dans la revue Building and Environment, lorsque l’on en place un près de la cuisine plutôt que dans la pièce à vivre ou dans la chambre, l’on constate une bien moindre présence de PM2,5 dans la maison.

    William Nazaroff recommande de fabriquer son propre appareil, une boîte Corsi-Rosenthal, qui permet un taux de filtration extrêmement élevé. Commencez avec un ventilateur de boîte de 50 centimètres et quatre filtres MERV 13 de 50 centimètres par 50. Collez les filtres ensemble de sorte à former les faces d’un cube (en veillant à ce que les flèches des filtres pointent vers l’intérieur). Découpez deux morceaux de carton (utilisez celui dans lequel le ventilateur se trouvait) de la taille des ouvertures ; collez-en un solidement pour créer le fond du cube. Puis collez le ventilateur en haut de sorte qu’il souffle vers le haut en prenant soin de sceller tous les bords et les coins (mais assurez-vous que la prise reste à l’extérieur). Enfin, découpez, en creux, un cercle de 40 centimètres de diamètre environ dans le second morceau de carton et collez-le morceau de carton évidé de sorte que ses angles soient congruents aux coins au-dessus du ventilateur. Laissez le ventilateur en place sur le dessus quand vous le branchez.

    Cependant, il y a mieux encore que de ventiler et de filtrer : empêcher purement et simplement les toxines de se former. Quand des appareils fonctionnant au bois ou au gaz tombent en panne, remplacez-les par des versions électriques. Et faites de votre mieux pour limiter les autres sources générant des particules indésirables chez vous.

    « Pour plaisanter, mes enfants me disent qu’ils ne pouvaient pas avoir de bougies sur leurs gâteaux d’anniversaire, et bien que ce ne soit pas vrai – même si nous utilisons aujourd’hui des bougies électriques – nous n’utilisons pas de cheminée ou d’humidificateurs à ultrasons », raconte William Nazaroff. Lorsqu’il doit, occasionnellement, faire sauter des légumes pour faire une ratatouille, plat qu’il adore, « je cuisine toujours sur le foyer arrière et j’allume la hotte, même si c’est bruyant. »

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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