Augmenter sa tolérance à la douleur, c’est possible

Personne ne ressent la douleur de la même manière. Mais les experts disent que l’on peut s’entraîner à mieux la supporter.

De Tatyana Woodall
Publication 25 mars 2025, 11:50 CET
Le magicien David Blaine porte une tenue protectrice avant une cascade de 72 heures durant laquelle il ...

Le magicien David Blaine porte une tenue protectrice avant une cascade de 72 heures durant laquelle il a affronté une tempête électrique d'un million de volts. La plupart des personnes ne ressentiront jamais ce genre de douleur mais presque chacun d’entre nous en ressentons au quotidien.

PHOTOGRAPHIE DE Michael Kirby Smith, The New York Times, Redux

À l’origine, la douleur était probablement un avantage évolutif qui aidait notre corps à réagir plus rapidement en cas de danger ou de blessures et à fuir, tout en nous apprenant à ne pas reproduire de situations potentiellement douloureuses à l’avenir.

De nos jours, la plupart des êtres humains feraient tout pour ne pas avoir à ressentir la douleur. Mais d’autres vouent leur vie à dompter cette sensation, poussant leur esprit et leur corps au-delà des limites physiques - et de tout semblant de sécurité.

Le magicien de renom David Blaine explore cette relation complexe entre douleur et endurance dans une nouvelle série documentaire National Geographic, David Blaine : Aux frontières de l’impossible. Parcourant le monde à la recherche de l’extraordinaire, il a découvert comment la performance pouvait repousser la peur et son influence sur notre perception de la douleur.

Bien que tout le monde ne jongle pas avec le feu ou ne plonge pas dans des lacs gelés, la douleur fait souvent partie du quotidien.

« Nous avons des réactions différentes, des émotions différentes, des comportements différents selon le contexte de la douleur », explique Gregory Scherrer, professeur associé de biologie cellulaire et de physiologie au département de neuroscience de l’université de Caroline du Nord, à Chapel Hill. « C’est pour cela que la douleur est subjective. »

NationalGeographic_2769866
NationalGeographic_1215734
Gauche: Supérieur:

Une patiente porte un équipement d’imagerie biomédicale dans le cadre d’une étude sur la manière dont le cerveau perçoit la douleur au centre Martinos d’imagerie biomédicale.

PHOTOGRAPHIE DE Robert Clark, Nat Geo Image Collection
Droite: Fond:

Test de réponse à la douleur à l’Université Johns Hopkins.

PHOTOGRAPHIE DE Lynn Johnson, Nat Geo Image Collection

 

LA TOLÉRANCE À LA DOULEUR ÉVOLUE

Du soin d’une carie au tatouage, en passant par le perçage des oreilles, même les événements les plus courants de la vie sont accompagnés d’un degré attendu d’inconfort. Ces sensations peuvent varier selon la manière dont nos corps interprètent ces signaux. Étonnamment, elles peuvent être plaisantes car la douleur intense et le plaisir sont régis par certains circuits neuronaux communs.

Ce phénomène peut se manifester de plusieurs façons. On parle d’« euphorie du coureur » lorsque notre corps produit des endorphines en réponse à un exercice physique prolongé, provoquant des sensations temporaires d’euphorie qui atténuent la douleur. Cette même ruse biologique explique pourquoi certaines personnes aiment les plats épicés.

Bien que la douleur soit parfois difficile à supporter, la dominer peut donner un sentiment de puissance, explique Anna McNuff, autrice britannique connue pour avoir traversé tous les États des États-Unis à vélo et pour avoir couru l’équivalent de quatre-vingt-dix marathons, pieds nus, à travers la Grande-Bretagne.

Il est certain que maîtriser certains événements douloureux peut provoquer un certain sentiment de liberté. « Je peux faire marche arrière ou bien me tenir à la frontière entre ce qui est douloureux et ce qui ne l’est pas », dit Anna McNuff. « Quand j’y pense, j’aime la douleur parce qu’elle me rappelle que je suis en vie. »

Les scientifiques peinent à faire la différence entre inné et acquis pour définir la résistance naturelle à la douleur. Une multitude de facteurs influence notre tolérance quotidienne à la douleur, comme la génétique, le sexe et même notre temps de sommeil. Les femmes, par exemple, sont plus sensibles à la douleur. C’est un potentiel effet secondaire d’avoir plus d’hormones que les hommes. D’un autre côté, si les hommes ont des seuils de tolérance à la douleur plus élevés, ils sont moins susceptibles de rapporter leurs maux et douleurs que les femmes. Cela pourrait être dû à la manière dont la société de leur apprendre à ignorer leurs émotions.

les plus populaires

    voir plus
    NationalGeographic_2781348

    Bien que la douleur soit extrêmement subjective, l’accouchement est toujours décrit comme étant très douloureux.

    PHOTOGRAPHIE DE Jackie Molloy, Nat Geo Image Collection

    De plus amples recherches ont mis en exergue que notre seuil de tolérance à la douleur change avec l’âge. En vieillissant, celui-ci augmente. Cela serait dû au fait que les jeunes, souvent poussés par la curiosité, ont moins d’expériences négatives auxquelles se référer, explique Gregory Scherrer. « Si la douleur n’était pas dérangeante, nous prendrions moins bien soin de nos corps », dit-il. « Nous ferions des choses folles et ne vivrions pas longtemps. »

     

    SURVIVRE À LA DOULEUR

    Avoir un seuil élevé de tolérance à la douleur peut parfois sembler dénué de sens face aux douleurs chroniques. Lorsque celles-ci durent plus de trois mois, elles peuvent entraîner des conséquences sévères sur notre temps libre, notre travail, et plus largement sur notre qualité de vie.

    En France, on estime que 20 millions de personnes souffrent de douleurs chroniques d'intensité modérée à sévère, soit près de 30 % de la population. Dans le monde, ce chiffre avoisine les milliards et beaucoup de pays font face à une escalade de la douleur et des handicaps, à l’échelle de leur population.

    Les thérapies basées sur l’exercice physique se sont révélées être de bons outils pour combattre la douleur chronique. Certaines études ont, par exemple, découvert que des mouvements, comme ceux pratiqués lors de séances de yoga, seraient des moyens efficaces de prévenir et de traiter des conditions chroniques sévères, telles que la migraine ou les douleurs dans le bas du dos.

    Des personnes ont également trouvé que la méditation, la spiritualité et la religion les aidaient à faire face. En effet, certaines études ont montré qu’avoir accès à des ressources spirituelles pouvait mener à une tolérance accrue de la douleur chez certains patients, contre les douleurs aiguës ou chroniques, bien qu’elles ne fassent pas grand-chose pour atténuer leur souffrance.

    Cependant, la douleur n’est pas inutile. Il s’agit d’un signal important qui avertit que le corps a atteint ses limites. Et, parfois, affronter la douleur peut aider une personne à s’endurcir.

    « S’entraîner pour quelque chose est autant une question de détermination mentale, que de résistance physique », explique Anna McNuff. Dans son cas, une grande partie de sa préparation au dépassement de la douleur et à l’acceptation de l’échec repose sur la compréhension de ses réactions face au stress et aux blessures.

    « Les personnes voient souvent d’un mauvais œil le fait de se blesser alors qu’elles s’entraînent pour une aventure, alors qu’il s’agit d’une opportunité de mieux comprendre son corps », confie-t-elle. « En fin de compte, personne ne connaît votre corps mieux que vous. Plus vous le poussez dans ses retranchements, plus vous le testez, le titillez et le comprenez, mieux ce sera. »

    En conclusion, et puisque la douleur et le plaisir sont intimement liés à notre existence en tant qu’espèce sociale, Brock Bastian, professeur de psychologie à l’université de Melbourne, pense que la vie ne serait pas aussi belle sans ces deux sensations pour la rythmer. « Dans une moindre mesure, nous sommes constamment à la recherche d’un défi » dit-il. « Ressentir de la douleur est une part importante dans la poursuite d’une vie heureuse et saine. »

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

    les plus populaires

      voir plus
      loading

      Découvrez National Geographic

      • Animaux
      • Environnement
      • Histoire
      • Sciences
      • Voyage® & Adventure
      • Photographie
      • Espace

      À propos de National Geographic

      S'Abonner

      • Magazines
      • Livres
      • Disney+

      Nous suivre

      Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2025 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.